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La culture

Les beaux-arts

Le territoire de l'actuelle Croatie abrite de précieux vestiges datant de la préhistoire (site néandertalien de Krapina, vestiges de la culture de Vučedol, datant du 3ème millénaire av. J.-C.) ainsi que des sites archéologiques (Vis, Hvar, Osijek, Vinkovci, Sisak) et des monuments de la période gréco-romaine (amphithéâtre et arc des Sergius à Pula, ier-iie siècles, palais de Dioclétien à Split, ive siècle, cité antique de Salona à Solin, iieviie siècles, basilique euphrasienne de Poreč, vie siècle). Ces œuvres héritées des siècles les plus anciens se sont inscrites dans la continuité de la création et du talent des hommes sous ces latitudes, assurant au patrimoine artistique et architectural croate la place de composante à part entière au sein de la création mondiale.

L’art préroman (deuxième moitié du viie siècle – fin du xe siècle). Les influences confondues de l’antiquité tardive et des sphères culturelles occidentale et byzantine favorisent la construction de petites églises préromanes aux plans variés. Les types les plus répandus sont les églises à plan central, voûtées ou coiffées de petites coupoles, ainsi que les petites églises longitudinales, mais plusieurs églises aux dimensions plus imposantes sont également bâties (à Knin, Biograd-na-Moru, Solin) pour les besoins des souverains ou autres hauts dignitaires croates. Les ornements sculptés du mobilier liturgique présentent entre le ixe et le xie siècle de riches motifs d’entrelacs accompagnés de symboles chrétiens, et de nombreux chancels portent mention des noms des souverains croates (Višeslav, Trpimir, Branimir, Mutimir, Držislav). Les armes et les bijoux découverts dans les tombeaux sont, pour les plus anciens, de provenance carolingienne et byzantine, mais trahissent par la suite la facture des maîtres d’art du cru.

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L’église Sainte-Croix de Nin (ixe s.) à plan cruciforme et coiffée d’une coupole; elle est considérée comme la plus petite cathédrale du monde.
ixe s.), avec à l’arrière-plan le clocher de la cathédrale Sainte-Anastasie, trace un trait d’union entre les influences carolingienne et byzantine. Érigée sur le forum antique, elle possède la deuxième plus haute rotonde d’Europe (27 mètres) après celle d’Aix-la-Chapelle." class="image-link">
L’église Saint-Donat de Zadar (ixe s.), avec à l’arrière-plan le clocher de la cathédrale Sainte-Anastasie, trace un trait d’union entre les influences carolingienne et byzantine. Érigée sur le forum antique, elle possède la deuxième plus haute rotonde d’Europe (27 mètres) après celle d’Aix-la-Chapelle.
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Saint-Sauveur (ixe s.) à la source de la Cetina, édifice à nef unique et abside trilobée; sa façade occidentale est dominée par un clocher-porche carolingien. Cette église a été bâtie à l’initiative du joupan Gostih.
Le campanile Sainte-Marie à Zadar, premier exemple de l’art roman dans sa maturité, fut érigé à la demande du roi Coloman hungaro-croate (1105).
La composition de cette plaque de chancel, l’une des deux conservées en l’église Saint-Dominique de Zadar, présente un cycle de scènes bibliques.
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Saint-Martin (xie s.), dans la localité de Sveti Lovreč en Istrie, est une basilique à trois nefs munie d’un vaste chœur et de trois absides creusées de niches peu profondes.

L’art roman (xie siècle – milieu du xiiie siècle). Les diverses écoles d’art roman connaissent des évolutions différentes d’une région à l’autre (la Dalmatie et l’Istrie rénovent ou bâtissent activement remparts et fortifications, érigent églises, hôtels de ville et loges municipales; les régions septentrionales construisent moins), mais aussi au niveau des multiples influences extérieures qu’elles connaissent (Lombardie, Apulie, Venise, Byzance) ou encore du patrimoine antique et préroman qui les entoure. À partir de la deuxième moitié du xie siècle, l’architecture voit se répandre les églises romanes de type basilical à trois nefs dotées d’absides, et les cathédrales paléochrétiennes sont presque toutes remaniées (Krk, Rab, Zadar, Dubrovnik), de même que les églises conventuelles (Saint-Chrysogone de Zadar, 1175). Clochers et campaniles comptent parmi les réalisations les plus monumentales de l’architecture romane. La sculpture romane primitive redécouvre la figure humaine au xie siècle (figure d’un souverain croate du baptistère de Split; plaques de chancel de l’église Saint-Dominique de Zadar), et à partir du xiiie siècle se développe un sens profond de la plasticité qui s’exprime dans les vantaux de bois de la porte principale de la cathédrale de Split et dans le somptueux portail de la cathédrale de Trogir, dû au maître Andrija Buvina. La cathédrale de Split (xiiie siècle) recèle les plus anciennes stalles du monde. Il demeure quelques vestiges fragmentaires des fresques de l’époque (Ston, Srima, Zadar, Peroj, Dubrovnik). Les miniatures des codex sont réalisées dans les scriptoria de Dalmatie (Osor, Zadar, Šibenik, Split) et à Zagreb. L’orfèvrerie occupe une place privilégiée dans l’art roman (croix, reliquaires, autels portatifs, crucifix).

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Portail de la cathédrale Saint-Laurent de Trogir (bâtie entre le xiiie et le xvie siècle), œuvre du maître Radovan en 1240.
La fresque représentant le souverain-donateur de l’église Saint-Michel près de Ston (v. 1080) est réalisée dans l’esprit de la peinture bénédictine.
Blaž Jurjev Trogiranin (Blaise de Trogir, 1395-1449), le plus illustre représentant de l’école dalmate de peinture gothique tardive (polyptyque, collection d’art sacré Saint-Jean-Baptiste de Trogir.
Exécutés en 1214, les vantaux de la cathédrale de Split, l’un des rares exemplaires encore conservés de portails de l’époque, sont l’œuvre d’Andrija Buvina.
xve-xvie s.). Reprenant les travaux de construction entamés, Georges le Dalmate dote l’église gothique à triple nef d’un transept, couvre la croisée d’une coupole, ajoute trois absides semi-circulaires, un baptistère et une sacristie. La frise sculptée de 71 portraits, de facture réaliste dans le goût de la Renaissance primitive, est l’un de ses éléments décoratifs les plus remarquables. Chef d’œuvre architectural de la Renaissance, la cathédrale a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine mondial." class="image-link">
La cathédrale Saint-Jacques de Šibenik (xve-xvie s.). Reprenant les travaux de construction entamés, Georges le Dalmate dote l’église gothique à triple nef d’un transept, couvre la croisée d’une coupole, ajoute trois absides semi-circulaires, un baptistère et une sacristie. La frise sculptée de 71 portraits, de facture réaliste dans le goût de la Renaissance primitive, est l’un de ses éléments décoratifs les plus remarquables. Chef d’œuvre architectural de la Renaissance, la cathédrale a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine mondial.
L’art de l’enluminure atteint ses sommets avec le missel glagolitique réalisé pour le duc (Herzeg) de Split Hrvoje Vukčić Hrvatinić par un maître local (entre 1403 et 1404).

L’art gothique (xiiie siècle – fin du xve siècle). L’art gothique pénètre en Croatie septentrionale au xiiie siècle, et ses éléments simples et typiques s’y maintiennent jusqu’au xvie siècle (église Sainte-Marie à Lepoglava, Saint-Marc à Zagreb). En Dalmatie, les bâtisseurs s’inspirent à partir de la moitié du xve siècle de modèles puisés au gothique vénitien pour bâtir des églises, hôtels de ville, cloîtres, loges municipales et palais. Formé à Venise et situé aux confins des styles gothique et Renaissance, le bâtisseur et sculpteur Juraj Dalmatinac (Georges le Dalmate, deuxième moitié du xve siècle) est la figure la plus marquante de son époque; il travaillera en Italie (Ancône) ainsi que dans les cités de Dalmatie. Au contact des thèmes venus du Nord, la peinture en Istrie trouve ses plus belles réalisations dans les fresques de Pazin, Butoniga, Beram (Vincent de Kastav, deuxième moitié du xve siècle). Les stećci, tombes érigées aux xiiiexvie siècles (Cista Provo, vallée de la Neretva, Konavle) apportent un témoignage original de la créativité populaire médiévale.

L’orfèvre italien Francesco da Milano (François de Milan) et ses collaborateurs zadarois achèvent en 1380 la châsse de saint Siméon (commande d’Elisabeth, reine de Hongrie et de Croatie).
xve et xvie siècles; il possède quatre grosses tours semi-circulaires Renaissance, reliées par deux étages de galeries à arcades donnant sur la cour intérieure." class="image-link">
Niché dans la région du Hrvatsko Zagorje, le château seigneurial de Veliki Tabor a été bâti au cours des xve et xvie siècles; il possède quatre grosses tours semi-circulaires Renaissance, reliées par deux étages de galeries à arcades donnant sur la cour intérieure.
Lucijan Vranjanin, cour principale du palais ducal d’Urbino (1466-1472).
Julije Klović, Déploration du Christ (vers 1552), Florence, Galerie Uffizi
La chapelle-tombeau du Bienheureux Jean de Trogir, sublime illustration de l’humanisme de la Renaissance primitive, a vu le jour entre 1468 et 1494.
Nikola Božidarević, Annonciation (1513), collection du monastère des dominicains de Dubrovnik.

La Renaissance (milieu du xve siècle – xvie siècle). Devançant les autres pays d’Europe, la Croatie est la première à s’imprégner des influences de la Renaissance italienne. La Renaissance primitive atteint sa maturité avec la chapelle du Bienheureux Jean de Trogir que le sculpteur et constructeur Nicolas le Florentin réalise en collaboration avec Andrija Alesi. Cette chapelle possède également deux sculptures, saint Jean l’Évangéliste et saint Thomas, dues à Ivan Duknović (Jean de Dalmatie) artiste qui travaille essentiellement en Italie (il exécute en 1473 le sarcophage du pape Paul II pour l’église Saint–Pierre de Rome) et à la cour du roi de Hongrie Mathias Ier Corvin. Tandis que la République de Dubrovnik voit fleurir les résidences d’été de l’aristocratie locale, le nord-ouest de la Croatie, de Čakovec à Senj, se dote de nombreuses fortifications destinées à la défense contre les Ottomans; parmi les plus remarquables, figurent le château fortifié de Veliki Tabor (1505) et la ville fortifiée de Karlovac, conçue selon les critères de la « cité idéale » de la Renaissance (1579).

La peinture Renaissance parvient à la plénitude dans les œuvres de Nikola Božidarević au début du xvie siècle. Cette époque voit nombre d’artistes croates travailler en Italie, où ils reçoivent le surnom de Schiavoni, parmi lesquels les plus célèbres sont Juraj Ćulinović, Andrija Medulić et Julije Klović (Giulio Clovio, 1498–1578) que ses contemporains déjà appelaient le Michel-Ange de la miniature, ou encore le sculpteur Franjo Vranjanin (Franciscus de Laurana), auteur de bustes de marbre de facture raffinée, et l’architecte Lucijan Vranjanin (Luciano de Laurana).

Franjo Vranjanin, Portrait d’une dame de la cour (1472-1474), New York, Frick Collection
Abraham sacrifie Isaac (vers 1715), œuvre de Federiko Benković conservée à la Galerie Strossmayer des Maîtres anciens à Zagreb.
Anton Lerchinger, L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie (1772). Fresque de la voûte de l’église Notre-Dame-de-Jérusalem, à Trški Vrh.
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Čakovec, cité-forteresse (xvie siècle)
L’église votive à nef unique Notre-Dame-de-Jérusalem à Trški Vrh, près de Krapina.
Karlovac, cité-forteresse idéale de la Renaissance (1579)

Le baroque (xiiexviiie siècles). Le baroque croate s’épanouit dans l’architecture sacrée (église Sainte-Catherine de Zagreb, Sainte-Marie-des-Neiges à Belec, Notre-Dame-de-Jérusalem à Trški Vrh, Saint-Guy à Rijeka, église cathédrale Saint-Blaise à Dubrovnik) et publique (palais Vojković-Oršić-Rauch à Zagreb, palais Patačić à Varaždin; châteaux de Gornja Bedekovčina, Daruvar, château Eltz à Vukovar). Varaždin et Dubrovnik, la citadelle d'Osijek et la Ville haute de Zagreb présentent des ensembles d'architecture baroque tout à fait remarquables. La création de fresques en trompe-l’œil et décorations de stuc, mais aussi d’autels et statues est le plus souvent confiée à des maîtres étrangers, parmi lesquels les peintres les plus fameux de cette époque sont Ivan Krstitelj Ranger, Francesco Robba, Franc et Krištof Andrej Jelovšek, ou encore Anton Lerchinger. Parmi les maîtres croates, on distingue particulièrement Tripo Kokolja et Federiko Benković, qui travailla en Italie, en Autriche et en Allemagne.

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La chapelle baroque de bois Sainte-Barbara à Velika Mlaka, près de Zagreb (xviiie siècle) bâtie par des charpentiers du cru.
Son intérieur a été abondamment décoré par des peintres populaires.
Ouvert en 1794 à Zagreb, Maksimir est l’un des premiers parcs publics d’Europe. D’une superficie de 316 hectares, il est classé monument naturel et culturel.
L'église baroque Saint-Blaise, bâtie en 1706 à la gloire du saint patron de Dubrovnik.
Vlaho Bukovac, Le rêve de Gundulić (1894)
La salle dorée, dans l'édifice de l'Institut croate d'Histoire, à Zagreb, est décorée de stuc doré et de peintures ayant pour thèmes des épisodes de l'histoire croate.

Du néoclassicisme au modernisme (fin du xviiie siècle – fin du xixe siècle). L’architecture néoclassique trouve ses principaux commanditaires dans les familles de la noblesse (châteaux des comtes Pejačević, l'un à Retfala, datant de 1801, l'autre à Virovitica, datant de 1804), l’Église (parc Maksimir à Zagreb; église Sainte-Thérèse de Suhopolje, 1807–1816) et les autorités militaires (casernes François-Joseph d’Osijek). Dans la première moitié du xixe siècle, les goûts de la bourgeoisie se tournent vers le style Biedermeier, plus intime et plus modeste, quant aux objets utilitaires et de décoration, ils sont importés ou fabriqués en Croatie, dans les verreries, les manufactures de grès et les ateliers d’ameublement locaux. La peinture Biedermeier fait son apparition dans les années 1830, notamment par le truchement de peintres itinérants, et Vjekoslav Karas ouvre la voie de l’émancipation de son école croate. La deuxième moitié du xixe siècle voit s'imposer la peinture historique (Ferdo Quiquerez, Oton Iveković, Mato Celestin Medović), qui triomphe dans la somptueuse Salle dorée de l'Institut croate d'histoire, dans la Haute Ville de Zagreb, tandis que les styles historicistes règnent sur l'architecture, comme en témoignent les prestigieux édifices et hôtels particuliers de l'époque (cathédrale néo-romane de Đakovo, 1866–1882; Musée des Arts décoratifs de Zagreb, 1891; théâtres nationaux croates d'Osijek, Varaždin, Rijeka et Zagreb; urbanisation de la Ville Basse de Zagreb). La fin du xixe siècle marque les premiers pas de l’architecture balnéaire dans le Kvarner (hôtel Imperial, Opatija, 1885) et en Dalmatie, ainsi que de l'architecture industrielle (Usine de papier Hartera, Rijeka). La Sécession viennoise se déploie dans les édifices de prestige dont se dotent Zagreb, Osijek (hôtels particuliers sur l'avenue de l'Europe) et Split, ainsi que dans les sculptures d’Ivan Meštrović.

Fiançailles du roi Zvonimir (1920) de Celestin Medović au l'Institut croate d'Histoire
Bela Čikoš-Sesija, La Nuit de Walpurgis (1898)
Menci Klement Crnčić, Vue depuis Bellavista (1902)
Emanuel Vidović, Angélus (1907)
Josip Račić, Devant le miroir (1908)
Ljubo Babić, Drapeaux rouges (vers 1919)

Art moderne, post-moderne et contemporain (xxexxie siècles)

Architecture. Les idées du mouvement moderne dominent dans l’œuvre de Viktor Kovačić, qui prône la liberté de création et le droit à une expression artistique individuelle, et défend, face au fonctionnalisme de Drago Ibler et Stjepan Planić, figures de proue de l’école d’architecture de Zagreb dans l’entre-deux-guerres, à laquelle appartiennent également, entre autres Juraj Denzler, Mladen Kauzlarić, Juraj Neidhardt, Josip Pičman et Ivan Zemljak (école à Jordanovac, 1935). A Split, les idées d'avant-garde sont portées par Zlatibor Lukšić, Helen Baldasar, Emil Ciciliani, Josip Kodl (hôtel Ambasador, 1937).

Immeuble d'habitation Sécession à Zagreb (1906), créé par Vjekoslav Bastl.
Les Archives nationales de Croatie (ancienne Bibliothèque nationale et universitaire) à Zagreb, dessinées par Rudolf Lubynski, illustrent admirablement le style architectural de la Sécession viennoise (1913).
Immeuble Sécession du cinéma Urania à Osijek (1912), créé par Viktor Axmann.
Le Palais de la Bourse (Zagreb) de Viktor Kovačić (construction entamée en 1923, achevée en 1927 par son collaborateur Hugo Ehrlich).
L’édifice de l’association Napredak (Zagreb), conçu par Stjepan Planić (1936).
La tour Ibler à Zagreb (1958), créée par Drago Ibler.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, période intense de construction, l’architecture croate rejoint le style international. Dans les agglomérations les plus importantes, cette évolution conduit à une urbanisation planifiée, qui produit de nouveaux quartiers (Novi Zagreb, Split II et III). Outre des immeubles d'habitation (ceux de Drago Galić dans l'avenue Vukovarska et ceux d'Ivo Vitić dans la rue Laginjina, à Zagreb), on construit des édifices publics prestigieux, avec lesquels de nombreux architectes, tels Vladimir Turina (stade Maksimir, 1946–1962) ou Kazimir Ostrogović (Hôtel de Ville de Zagreb 1956-1958), développent une expression personnelle. Vjenceslav Richter dresse les projets des pavillons yougoslaves des expositions universelles de Bruxelles (1958) et de Milan (1964), tandis que Radovan Nikšić et Ninoslav Kučan signent des projets grandioses (actuelle Université populaire ouverte, à Zagreb, dont les aménagements intérieurs à l'esthétique exigeante sont dessinés par Bernardo Bernardi, 1961), comme le fera plus tard Slavko Jelinek (immeuble de bureaux Zagrepčanka, 1976). Vers le milieu des années 1960, la croissance du tourisme s'accompagne d'un essor soudain de l'architecture touristique, dont les concepteurs s'appliquent à proposer des solutions élégantes, s'inscrivant harmonieusement dans l'environnement, comme l'illustre particulièrement bien le complexe hôtelier Solaris, près de Šibenik (1968) conçu par Boris Magaš, également auteur du stade Poljud à Split (1979).

Le Pavillon de la Yougoslavie de l’Expo 58 de Bruxelles, construit par Vjenceslav Richter (1958).
La salle de concert « Vatroslav Lisinski » à Zagreb (1973), auteurs : Marijan Haberle, Minka Jurković et Tanja Zdvořak.
Musée de la culture de Vučedol, près de Vukovar (2015), créé par Goran Rako.
Josip Seissel, Pafama (1922)
Edo Murtić, Highway (1952)
Miljenko Stančić, Le peintre Karas (1953)

L'inspiration post-moderniste transparaît dans les travaux de Nikola Filipović, de Zvonimir Krznarić et de ses collaborateurs, de Davor Mance et Marijan Hržić, auteur du Crématorium et de la nouvelle Bibliothèque nationale et universitaire de Zagreb, conçue en collaboration avec Velimir Neidhardt, coauteur du nouvel aéroport de Zagreb (2017, cosigné par Branko Kincl). Dinko Kovačić réalise à Split plusieurs projets remarquables, de même que Nikola Bašić à Zadar, où est sensible l’attention particulière qu’il consacre à la recherche architecturo-sculpturale dans l’espace (Orgues marines, 2005).

Plus récemment, l'architecture muséale a connu plusieurs réalisations intéressantes (Igor Franić, Musée d'art contemporain de Zagreb, 2009; Goran Rako, Musée de la culture de Vučedol à Vukovar, 2015). Le passage d'un siècle à l'autre a vu s'affirmer une génération qui continue de cultiver la diversité de l'expression architecturale (Milan Šosterič, Académie de musique de Zagreb, 2014); le duo Idis Turato et Saša Randić ainsi que les auteurs réunis dans des ateliers d'architecture tels que « 3LDH » (Saša Begović, Tanja Grozdanić Begović, Marko Dabrović, Silvije Novak) et « STUDIO UP » (Toma Plejić et Lea Pelivan), accumulent les succès dans divers domaines de l'arhitecture, en particulier touristique et sportive, et sont reconnus au-delà des frontières de la Croatie, à l'image de leurs confrères Vinko Penezić, Krešimir Rogina et Hrvoje Njirić dont la renommée internationale est acquise.

Ljubo Ivančić, Autoportrait au chevalet (1958)
Marino Tartaglia, Figure (1958)
Ivo Gattin, Surface éventrée (1961)
Julije Knifer, Méandre en angle (1961), Musée d’art contemporain de Zagreb
Vlado Kristl, Variante I (1962)
Miroslav Šutej, Objet I (1968)

Peinture. L’arrivée du peintre de formation parisienne Vlaho Bukovac (1855–1922) à Zagreb en 1893 marque un tournant décisif dans l’art pictural croate; son colorisme vigoureux inspire plusieurs jeunes artistes (École coloriste de Zagreb) qui constituent le groupe des peintres de la Sécession croate, avec entre autres Oton Iveković, qui associe thèmes historiques et approche impressionniste, Robert Auer et Bela Čikoš-Sesija, inspirés par la Sécession viennoise, Menci Klement Crnčić, peintre de plein air à la palette intensément colorée et précurseur de la gravure croate moderne, ou encore, à Split, Emanuel Vidović, attiré tout d'abord par le divisionnisme italien, puis par l'expressionnisme. Čikoš-Sesija et Crnčić fondent en 1903 une école qui deviendra en 1921 une Académie (l'actuelle Académie des Beaux-Arts de l'Université de Zagreb). A l'inverse de cette quête de la « pure peinture », les peintres proches de la Sécession réunis autour du groupe Medulić (créé en 1908 à Split) et du sculpteur Ivan Meštrović, tels Mirko Rački et Tomislav Krizman, recherchent une expression plastique nationale dans des motifs de légendes populaires et de mythes héroïques.

Les architectes et artistes plastiques croates participent régulièrement à la Biennale de Venise, à la Documenta de Kassel et à d'autres manifestations internationales majeures. Vlaho Bukovac, qui exposa pour la première fois à la Biennale de Venise en 1897, a été l'un d'entre eux.

Josip Račić, Miroslav Kraljević, Vladimir Becić et Oskar Herman, membres du « Cercle de Munich », rapportent de leur séjour d'étude des nouveautés qu'ils introduisent dans la peinture croate et l’évolution de l’expression picturale (depuis le cézannisme jusqu’au nouveau classicisme en passant par l’expressionnisme et le néoréalisme) est portée par les artistes qui exposent au Salon de printemps (1916–1928). Dans les premiers temps, il s'agit surtout de ses initiateurs, Ljubo Babić et Zlatko Šulentić, puis apparaissent des éléments issus du cubisme et du post-cubisme avec les travaux du Groupe des quatre, composé d’artistes formés à Prague, avec notamment Vilko Gecan et Milivoj Uzelac, ainsi notamment que Marin Tartaglia et Milan Steiner. L’architecte et peintre Josip Seissel (pseudonyme Jo Klek) réalise en 1922 le premier tableau abstrait, tandis qu'Antun Motika et Ignjat Job déploient une expression personnelle, l'un arborant une palette claire à l'extrême tandis que l'autre pratique un expressionnisme gestuel et coloriste. Animés par une sensibilité de gauche, les membres du groupe Zemlja (La Terre, 1929–1935, Leo Junek, Marijan Detoni, Vilim Svečnjak) prônent un art socialement engagé; leur principal idéologue, Krsto Hegedušić, contribue à l’essor de l’art naïf et plus particulièrement de l’école de Hlebine qui acquiert au milieu du xxe siècle une renommée internationale portée essentiellement par les peintres Ivan Generalić, Ivan Rabuzin et Ivan Lacković Croata.

Exat 51 exposé au Musée d’art contemporain de Zagreb
Ivan Generalić, Le taureau rouge (1972)
Ferdinand Kulmer, Structure de répétition I 72 (1972)
Dimitrije Bašičević Mangelos, Le projet principal de la deuxième civilisation (1977/78)
Sanja Iveković, Avant – après (1976)
Tomislav Gotovac, action artistique Zagreb, je t'aime! (1981)

La période du réalisme socialiste, qui marque l'après-guerre, est dépassée dès la fin des années 1940, lorsque la peinture croate s'ouvre aux courants d’avant-garde européens et américains (abstraction lyrique, informel et expressionnisme abstrait). Edo Murtić et Ferdinand Kulmer sont les premiers à s’aventurer dans ces courants, qui seront portés et radicalisés par Ivo Gattin, Đuro Seder et Marijan Jevšovar. Albert Kinert, Ordan Petlevski, Oton Gliha, puis Eugen Kokot et bien d'autres déploient une expression abstraite personnelle.

Miljenko Stančić, Vasilije Josip Jordan, Nives Kavurić-Kurtović, Slavko Kopač et Josip Vaništa s'associent au courant post-surréaliste, peinture figurative fantastique ou métaphysique, tandis que Ljubo Ivančić associe avec brio le figuratif expressionniste à l'art informel. L'art figuratif trouve une dimension engagée avec le groupe Biafra (Zlatko Kauzlarić-Atač) dans les années 1970, une version expressive dans les travaux de Zlatko Keser, Jadranka Fatur évolue vers le photoréalisme, tandis que le groupe nova slika (nouveau tableau, Nina Ivančić, Zvjezdana Fio, Željko Kipke) inaugure une nouvelle approche à la peinture, et que Zlatan Vrkljan, Zoltan Novak et bien d'autres apportent leur contribution à la diversité post-moderne de la fin du xxe siècle. Plusieurs peintres croates continuent d'explorer l'expression figurative, depuis l'approche conceptuelle (Lovro Artuković) jusqu'au souffle expressionniste ou popartiste (Ivica Malčić, Robert Šimrak, Tomislav Buntak), dans des travaux reflétant souvent la réalité contemporaine et ses codes culturels.

Mladen Stilinović, Exploitation des morts (1984–89)
Edita Schubert, Trapézoïde (1985)
Dalibor Martinis, Tavola calda (1987)
Vesna Pokas, Œuvre sans titre (2007)
Renata Poljak, Partance (2016)
Ivan Meštrović, Contemplation (1924)

Dès le début des années 1950, le groupe EXAT 51 s'appuie sur l'héritage du Bauhaus et du constructivisme pour explorer l’abstraction géométrique, notamment avec les œuvres de ses chefs de file, Vlado Kristl et Ivan Picelj. Fidèle à sa principale préoccupation, le méandre, Julije Knifer est proche de ces créateurs. C'est dans le sillage des expériences des membres du groupe EXAT 51 que s'engage le mouvement artistique international de La Nouvelle tendance, dont les mémorables expositions voient briller Miroslav Šutej, qui développe son langage plastique sur l’Op art (à l'instar d'Ante Kuduz), se jouant des frontières entre peinture, graphisme et sculpture, ce qui encourage certains artistes à se tourner vers l'art environnemental (Ljerka Šibenik, Edita Schubert) ou à explorer le médium pictural à la faveur d'un processus primaire et pulsionnel (Boris Demur, Dubravka Rakoci, Goran Petercol).

Au début des années 1960, les membres du groupe protoconceptuel Gorgona (Marijan Jevšovar, Julije Knifer, Đuro Seder, Josip Vaništa, Ivan Kožarić, Dimitrije Bašičević Mangelos) pratiquent des activités plastiques non conventionnelles et Tomislav Gotovac réalise des performances artistiques tout en explorant divers médias, notamment cinématographique; ils ouvrant ainsi la voie aux générations d'artistes conceptuels qui, à partir de la fin des années 1960, orienteront leur pratique artistique vers une exploration sur des médias inédits ainsi que sur des procédés et matériaux artistiques hors des chemins battus (Goran Trbuljak, Sanja Iveković, Dalibor Martinis; Vladimir Dodig Trokut; le Groupe des six auteurs dans les années 1970, avec Željko Jerman, Boris Demur, Mladen Stilinović, Sven Stilinović, Vlado Martek et Fedor Vučemilović). L'art contemporain d'aujourd'hui demeure ouvert aux happenings et performances (Slaven Tolj, Siniša Labrović, Igor Grubić), à l'art environnemental (Mirjana Vodopija, Viktor Popović, Ivana Franke), à la création transmédiatique (David Maljković, Damir Očko, Zlatko Kopljar), et n'hésite pas à s'engager socialement avec conviction (Andrea Kulunčić, Renata Poljak).

Antun Augustinčić, Monument de la Paix, New York (1954)
Aleksandar Srnec, Objets lumino-cinétiques (1969), Musée d’art contemporain de Zagreb
Vojin Bakić, monument dédié à Ivan Goran Kovačić (1964)
Ivan Kožarić, Soleil posé sur terre (1971)
Dušan Džamonja, Sculpture Alp-II (1975)
Siniša Majkus, Embryon (2004)

Sculpture. Les sculptures réalistes d’Ivan Rendić marquent le début de l’évolution de la sculpture croate moderne qui se poursuit avec Robert Frangeš-Mihanović, Rudolf Valdec, puis avec l’animalier Branislav Dešković, inspiré par l’impressionnisme, pour culminer avec le grand Ivan Meštrović, auteur de nombreuses sculptures sur marbre, sur bois et de bronze, ainsi que de sculptures monumentales et monuments architecturaux dans lesquels s’expriment divers styles (de la Sécession à une conception des formes apparentée à celle de Bourdelle et Maillol, en passant par les influences antique, gothique et Renaissance) et avec Frano Kršinić, sculpteur d'inspiration classique qui puise à la tradition méditerranéenne et sera un modèle pour de nombreuses générations d'artistes. A la même époque, les travaux des sculpteurs Antun Augustinčić et Vanja Radauš prônent le réalisme psychologique et aspirent à une dimension sociale.

L’esprit nouveau trouve après 1950 ses représentants en la personne de Kosta Angeli Radovani et des sculpteurs d’expression abstraite Vojin Bakić, Dušan Džamonja et Ivan Kožarić, auteur d’une œuvre considérable et hétérogène. D'anciens membres du groupe EXAT 51, inspirés par les idées constructivistes, réalisent dans le cadre du mouvement international de La Nouvelle tendance les premières structures lumino-cinétiques des années 1960 (Aleksandar Srnec) et explorent la « plastique systémique » (Vjenceslav Richter). Se situant aux confins de l’abstrait et du figuratif, Ksenija Kantoci, Branko Ružić et Šime Vulas travaillent surtout sur bois. Les éléments d’inspiration du pop art exercent leur influence sur les travaux de Vasko Lipovac, Zvonimir Lončarić et Marija Ujević-Galetović. Au début des années 1970, les membres du groupe Biafra (Stjepan Gračan, Ratko Petrić, Miro Vuco) travaillent à partir des œuvres de Radauš et de Valerio Michieli pour réaliser des travaux radicaux, expressifs, engagés. Attirée par les courants postmodernes, la jeune génération trouve une expression nouvelle, étayée sur la tradition, dans les formes abstraites libres et les associations ludiques, ainsi qu’en témoignent les créations de Peruško Bogdanić et Dalibor Stošić, ou encore les installations de Matko Mijić. Les sculpteurs croates contemporains puisent à une large palette de médias et de matériaux (Siniša Majkus); ils proposent souvent à travers leurs objets, installations et ambiances un commentaire sur la vie et la société contemporaines (Ines Krasić, Kristian Kožul, Ivan Fijolić, Alem Korkut).